En début d’année 2025, j’ai publié sur Manket un article vous présentant une liste de plus de 70 éditeurs ayant publié du medium manga en 2024. Avec autant d’acteurs présents sur le marché de la BD asiatique, il peut devenir compliqué de s’y retrouver. Pour cet article, j’ai donc tenté de simplifier ce marché éditorial en vous présentant des organigrammes de l’ensemble des maisons d’édition ayant publié des medium manga en 2024. Vous y trouverez tous les liens entre structures vous permettant, je l’espère, de mieux vous y retrouver parmi l’ensemble de la production éditoriale de medium manga.

Méthodologie et définition des termes

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je rappelle à nouveau la définition des termes « medium manga » que j’utilise dans tous les articles de Manket. J’englobe à travers cette expression l’ensemble de la production éditoriale de mangas sans distinction géographique. Je parlerai donc aussi bien de manhua, manhwa, global manga et de création française.

Afin de faciliter la compréhension, j’ai divisé les organigrammes en plusieurs catégories. Vous y trouverez tout d’abord les éditeurs de groupe, puis les éditeurs indépendants et alternatifs. Pour celles et ceux souhaitant connaître les spécificités derrière ces termes, je vous renvoie à mon ancien article sur le sujet.

Pour chaque maison d’édition présente dans ces organigrammes, je vous ai précisé le type de structure en utilisant des termes différents. Par ordre d’importance, il y a tout d’abord le « propriétaire », les « sociétés mères », les « sociétés » qui possèdent un autre domaine d’expertise en plus de l’édition, puis les « groupes d’édition », les « maisons d’édition » et enfin les « labels ». Une maison d’édition et un label n’ont en effet pas la même signification. À l’inverse d’un label, une maison d’édition possède une existence légale. Il est possible de vérifier cela sur des sites comme Pappers ou Societe. Si la structure n’apparaît pas dans les résultats de recherche, c’est qu’elle est reliée juridiquement à une autre société. Dans certains cas, il peut même s’agir d’une marque déposée par une entreprise. Pour vous donner un exemple, l’éditeur Mangetsu n’a pas d’existence légale. Il s’agit d’une marque déposée par la maison d’édition Bragelonne. Dans ce cas, Mangetsu n’est pas considéré comme une maison d’édition, mais un label.  À l’inverse, Pika est une société avec une existence légale. Il s’agit donc d’une maison d’édition et non d’un label. J’aurais pu pousser la distinction plus loin en parlant de « label » et de « collection », mais je trouvais le processus trop complexe pour une tentative de simplification du marché éditorial.

Les gros groupes éditoriaux et leurs liens avec l’étranger

Commençons cette présentation du marché éditorial en se concentrant sur les éditeurs de groupe. Il s’agit là de la catégorie la plus pertinente à transformer en organigramme étant donné les divers liens noués entre sociétés. En plus des structures françaises, j’ai également tenté de mettre en avant les relations entre les entreprises étrangères, notamment japonaises, américaines (Irodori comics) et italiennes (Panini). Vous les reconnaitrez à travers le drapeau du pays d’origine accolé au nom de la société. Il y a au total trois maisons d’édition japonaises possédant des liens avec des structures françaises : Kadokawa à travers son acquisition récente de VEGA ainsi que le groupe Hitotsubashi (Shôgakukan et Shûeisha) qui reste propriétaire de l’activité éditoriale de Crunchyroll SAS[1].

Organigramme présentant les liens et relations entre les gros groupes éditoriaux présents sur le marché français
Organigramme des gros groupes éditoriaux et financiers

Concernant les quatre plus groupes éditoriaux de France : Hachette, Media-Participations, Editis et Madrigall, chacun possède entre trois et quatre labels éditoriaux de medium manga. Bayard est également présent sur le marché grâce à des publications d’ouvrages éducatifs à destination de la jeunesse (« l’histoire en manga », « la science en manga »…). Le groupe est également propriétaire de la société Milan qui s’est lancée en 2025 dans le marché du webtoon physique.

Les « petits » éditeurs de groupe et leur place sur le marché

Mis à part ces mastodontes éditoriaux, vous trouverez également dans la catégorie des « éditeurs de groupe » des structures plus discrètes comme Le Renard Doré (Rue de Sèvres). Si l’école des loisirs, propriétaire de Rue de Sèvres, est une structure à elle seule indépendante, je l’ai tout de même fait apparaître dans la catégorie des « éditeurs de groupe ». Dans un de mes anciens articles dédié à l’édition indépendante et alternative, j’expliquais qu’un éditeur était « indépendant s’il ne possède aucun lien financier ou juridique avec une autre structure ». Si l’on prend l’école des loisirs comme seule maison d’édition, alors cette dernière rentre dans cette catégorie. Cependant, il s’agit ici de se concentrer uniquement sur les éditeurs de medium manga. Il faut donc se placer du point de vue des structures de medium manga et non de la maison d’édition propriétaire. Ainsi, le label Le Renard Doré des éditions Rue de Sèvres est lié au « groupe » l’école des loisirs et ne peut donc être considéré comme indépendant. La même logique est adoptée pour les autres maisons d’édition présentes dans cette catégorie. Panini France est une filiale du groupe italien Panini, la maison d’édition Le Courrier du Livre appartient au groupe Trédaniel et Akata a perdu son statut d’indépendant au moment de son rapprochement avec les éditions Leduc (Albin Michel).

Tout en poursuivant cette logique, j’ai également décidé de mettre des éditeurs comme Michel Lafon (Kazoku), Kasaï, Dynamite et même Glénat Manga dans la catégorie « éditeurs de groupe ». Là encore, je me place du point de vue du label de medium manga et non de la maison d’édition en elle-même. Je considère donc Kazoku comme appartenant au « groupe » Michel Lafon tout comme Glénat manga est lié au « groupe » Glénat.  Il en va de même pour toutes les autres maisons d’édition présentes sur cet organigramme. Ainsi, selon cette même méthode, AC Media, Euphor, Eilean Books et IDP Home Video, sont considérés comme des « groupes éditoriaux ».

Vous trouverez donc dans cette catégorie aussi bien des gros groupes éditoriaux à l’instar de Hachette que des maisons d’édition comme Ki-oon et Ototo. Si la force et la puissance de ces groupes ne sont pas comparables, il me fallait appliquer une logique simple et efficace permettant de définir ce qu’est un éditeur indépendant et un éditeur de groupe. Pour ces plus petites structures, plutôt que de parler d’éditeur de groupe, il serait peut-être plus opportun de parler d’éditeur « semi-indépendant ». Cependant, cela ne ferait que compliquer l’analyse.

À côté de ces éditeurs de groupe, il reste plus d’une trentaine d’éditeurs indépendants ou alternatifs :

Organigramme présentant les éditeurs indépendants et alternatifs de medium manga
Organigramme des éditeurs indépendants et alternatifs de medium manga

Conclusion : le piège de la catégorisation 

Mettre en place une catégorisation n’est jamais chose aisée. Qu’est-ce que l’on délimite ? Qu’est-ce que l’on souhaite démontrer ? C’est en ayant ces questionnements en tête que j’ai tenté de créer ces organigrammes. Il est fort probable que d’autres personnes ne seront pas d’accord avec cette vision du marché. J’ai toutefois décidé de me fier à ma propre délimitation des éditeurs indépendants. Ainsi, pour être indépendant, il est nécessaire de garder son autonomie économique et juridique sans être relié à un groupe de quelque nature que ce soit. De ce fait, des éditeurs comme Ki-oon, Meian ou encore Ototo, ne peuvent être considérés comme indépendants. Il en va de même pour des éditeurs comme Glénat manga ou Kazoku qui, par leur appartenance au « groupe » Glénat et Michel Lafon, ne peuvent entrer dans la catégorie « éditeur indépendant ». Chaque délimitation a ses propres limites. Ici, je regroupe des maisons d’édition différentes en taille et en puissance économique. Simplifier demande toujours de faire des choix, aussi difficiles soient-ils.


[1] La société américaine Crunchyroll a racheté en 2021 la société VIZ Media Europe (renommé Crunchyroll SAS), propriétaire de la maison d’édition Kazé en France. Avant ce rachat, VIZ Media Europe appartenait au groupe japonais Hitotsubashi. Les deux sociétés se sont donc mises d’accord pour que Crunchyroll soit l’investisseur majoritaire tandis que Hitotsubashi reste propriétaire de l’ensemble de l’activité éditoriale de Crunchyroll SAS à travers une toute nouvelle société : VME PLP SAS.

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