Après vous avoir présenté le marché éditorial de medium manga sous la forme d’organigrammes, j’ai décidé de me concentrer cette fois-ci sur le marché du webtoon printoonisé[1]. Bien qu’il y ait moins d’éditeurs publiant du webtoon en format physique que de medium manga, ce secteur reste tout aussi intéressant à étudier. En effet, le webtoon printoonisé étant un marché plus restreint que le medium manga, les éditeurs de ce milieu se font plus discrets. Si la plupart d’entre vous connaissez des éditeurs comme Kana, Glénat et Pika, des labels comme Kotoon, K Books ou K Factory vous sont peut-être plus inconnus, surtout si vous ne lisez pas de webtoon printoonisé. Ces organigrammes vous permettront ainsi d’y voir un peu plus clair dans ce marché éditorial du webtoon printoonisé.
Méthodologie et définition des termes
Comme d’habitude, je reviens encore une fois sur la définition des termes de « medium manga » que j’utilise dans tous les articles de Manket. Par ces termes, j’englobe l’ensemble de la production de manga sans distinction géographique. Je parle donc aussi bien de manhua, de manhwa que de création française et de global manga.
Tout comme mon précédent article, j’ai utilisé la même méthodologie pour la création de ces organigrammes. L’ensemble des acteurs éditoriaux du marché sont donc divisés en deux catégories : les éditeurs de groupe et les éditeurs indépendants. Pour comprendre mes critères de définition d’un éditeur indépendant, je vous renvoie à un de mes anciens articles sur le sujet.
Chaque structure présente sur ces organigrammes est accompagnée de différentes terminologies. Par ordre d’importance, vous trouverez tout d’abord le « propriétaire », les « sociétés mères », les « sociétés » ayant un autre domaine d’expertise que l’édition, puis les « groupes d’édition », les « maisons d’édition » et enfin les « labels ». Ayant déjà eu l’occasion de parler des différences entre « maison d’édition » et « label », je me contenterai de vous résumer brièvement mes propos. Une maison d’édition possède une existence légale en tant que « société » tandis qu’un label n’en a aucune. Ce dernier est relié à une maison d’édition en tant que « marque ». Il existe également une différence entre « label » et « collection », mais n’ayant pas réalisé cette distinction pour les organigrammes des éditeurs de medium manga, j’ai décidé d’ignorer également cette différence pour cet article.
Les mastodontes éditoriaux en leader du marché
J’ai comptabilisé pour l’année 2024[2], 22 éditeurs ayant publié du webtoon printoonisé. Sur ces 22 maisons d’édition, 15 appartiennent à un groupe :

Les trois plus gros groupes éditoriaux de France (Editis, Hachette et Média-Participations) sont présents sur ce marché grâce à leurs maisons d’édition spécialisées dans la bande dessinée : Delcourt et Dupuis. Dans le cas de Hachette, c’est l’éditeur de medium manga, Pika qui s’est lancé dans cette aventure grâce à son label Pika Wavetoon. Cependant, le groupe Editis reste le leader du secteur, que ce soit en termes de ventes[3], de nombre de labels dédiés au webtoon printoonisé (Kotoon et Kbooks) ou même de production éditoriale :

Rappelons également qu’Editis est le premier gros groupe éditorial à s’être lancé dans le webtoon printoonisé en 2021 (Kbooks) puis en 2022 (Kotoon). Le label K-Factory de Média-Participations s’est créé en 2022 et Pika (Hachette) a publié ses premiers webtoons en 2024.
Sur l’organigramme présenté plus haut, vous constaterez l’absence d’un autre grand groupe éditorial français : Madrigall. En effet, si ce dernier est présent sur le marché du medium manga grâce à Casterman, Futuropolis et Flammarion, il ne s’est pas encore lancé dans le marché du webtoon printoonisé.
Les autres acteurs du marché
À côté de ces gros groupes éditoriaux, on retrouve également des éditeurs moins connus, eux aussi, associés à des groupes éditoriaux ou financiers. Ainsi, K Dream lancé en 2024, appartient à la société Abysse Corporation, spécialisée dans les produits dérivés. Glénat est, lui aussi, présent sur le marché à travers le rachat de la maison d’édition Hugo Publishing qui publie du webtoon printoonisé avec Hugo BD (Lore Olympus) et son autre label Neotoon.
Cela vous étonnera peut-être de voir apparaitre dans la catégorie « éditeur de groupe » des maisons d’édition comme Ki-oon[4] ou Michel Lafon. Si ces dernières peuvent être considérées comme des structures indépendantes, je me suis placée du point de vue du label de webtoon printoonisé. Ainsi, Ki-oon appartient au « groupe » AC Media et Sikku est un label du « groupe » Michel Lafon. La même logique est appliquée aux autres éditeurs présents sur cet organigramme.
Les liens entre éditeurs de medium manga et de webtoon printoonisé
Si l’on regarde cet organigramme de plus près, on remarque que la plupart des maisons d’édition publiant du webtoon physique ne sont pas totalement inconnues du public manga. En effet, la plupart de ces structures publient également du medium manga. (Panini, Glénat, Michel Lafon, Albin Michel…). Seuls K Dream, K addict et KaMondo Books ne sont pas liés à des groupes éditoriaux de medium manga. Cette relation entre les éditeurs de medium manga et de webtoon printoonisé se retrouve également chez les maisons d’édition indépendantes, dont près de la moitié publient ces deux types de bandes dessinées :

Dans cette catégorie, vous retrouvez des éditeurs de medium manga comme Mahô, Nazca et le Lézard noir[5], mais également des structures spécialisées dans le webtoon printoonisé comme Kmics, Yurang et Nao Studio Publishing. Si Komogi s’était lancé dans le medium manga en 2022 en publiant The Lion in manga library, il semble cependant avoir pris un autre tournant en publiant des webtoons printoonisés comme Day Off ou Wind Breaker.
Conclusion : webtoons et mangas, si proches et pourtant si différents
À travers ces organigrammes, j’ai tenté de vous montrer de manière simplifiée le marché éditorial de webtoon printoonisé. Les éditeurs de groupe dominent largement, mais on trouve de plus en plus d’éditeurs indépendants souhaitant se lancer dans le marché du webtoon printoonisé. En deux ans, trois éditeurs spécialisés dans ce medium se sont créés. Si certains se sont lancés an ayant pour volonté de publier uniquement du webtoon printoonisé, on constate toutefois que la plupart des éditeurs ont déjà l’expérience du medium manga. Cependant, si le webtoon et le manga sont intrinsèquement liés, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de deux marchés distincts qui attirent différents types de lectorat, comme j’ai déjà tenté de le démontrer.
[1] Le terme de « webtoon printoonisé » renvoie à l’ensemble des ouvrages en format physique de webtoon.
[2] Cet organigramme vous présente uniquement les éditeurs ayant publiés du webtoon printoonisé en 2024. Vous ne trouverez donc pas les maisons d’édition lancées en 2025 comme Yam Yam (Milan).
[3] Le titre Solo Leveling publié chez Kbooks (Delcourt) représentait en 2023 plus de 40% des ventes du marché.
[4] La collection Toon de Ki-oon ne comporte à ce jour que deux séries : Sweet Home et Bâtard.
[5] Le Lézard noir n’a publié qu’une seule série de webtoon printoonisé : A Fake Affair d’Akiko Higashimura.






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