En ce début d’année 2026, Manket vous propose de revenir sur les chiffres clés du marché du medium manga. Comme l’an dernier, je partagerai avec vous mon analyse, armée de graphiques et de tableaux. C’est parti !

Méthodologie et définition des termes

Pour celles et ceux qui découvrent Manket, voici un rappel de la méthode utilisée pour construire cette étude. Les données exploitées proviennent des bases de données de Nautiljon et de Manga News. Une fois collectées, elles sont triées puis analysées afin d’en extraire des tendances statistiques. Cette approche permet d’obtenir une vue d’ensemble de la production éditoriale de manga. Toutefois, comme toute étude de ce type, elle comporte certaines limites. Malgré le recoupement des sources, les informations ne sont pas toujours fiables à 100 %, ce qui implique une marge d’erreur à prendre en compte.

Je précise également que l’analyse distingue volontairement le medium manga des webtoons publiés en format papier (« printoonisés »). J’ai déjà expliqué à plusieurs reprises les raisons de ce choix, la principale étant que ces deux formats ne s’adressent pas, selon moi, au même public. Un article séparé sera donc consacré au marché du webtoon printoonisé.

Enfin, pour éviter toute confusion terminologique, le terme « medium manga » désigne ici l’ensemble des productions de type manga, sans distinction d’origine géographique (manfra, manhua, manhwa, etc.).

La production 2025 : plus de sorties pour moins de nouveautés

En 2025, j’ai recensé 2 978 sorties de medium manga, réparties sur 1 326 séries. En incluant les éditions spéciales (coffrets, éditions collectors…), ce chiffre monte à 3 185 sorties. On observe une légère augmentation de 3 % par rapport à 2024, reflet de l’intense production éditoriale de ces quatre dernières années. Pour rappel, les années 2023 et 2024 ont vu paraître près de 740 nouveautés à elles deux. Il paraît donc logique que cette forte production continue d’influencer les sorties des années suivantes. Ainsi, en 2025, on note une baisse du nombre de nouveautés (-14 %), mais une hausse des séries terminées (+7 %) et des séries toujours en cours (+5 %). Parmi les séries terminées, 40 % avaient débuté en 2023 ou 2024, illustrant clairement l’impact de ces deux années sur la production de 2025. Pou y voir un peu plus clair, le graphique ci-dessous vous présente l’évolution des sorties de medium manga depuis 2000.

Graphique montrant l'évolution des parutions de medium manga depuis 2000

Concernant la forte augmentation visible en 2023, une clarification s’impose. Les données de ce graphique entre 2000 et 2022 proviennent des analyses de Gilles Ratier (rapports ACBD). J’ai simplement ajouté, à partir de 2023, les données de Manket qui ne reposent pas sur la même méthodologie. En effet, Gilles Ratier se base sur des informations fournies par les éditeurs, complétées par des données issues de différentes librairies BD et par la base de données d’Electre. En ce qui me concerne, je travaille à partir des données recoupées provenant de Nautiljon et de Manga News. Il est donc tout à fait normal d’observer un écart significatif pour l’année 2023, les périmètres et méthodes de collecte étant différents.

Globalement, vous remarquerez que la production éditoriale est en constante augmentation depuis 2020. Les éditions spéciales sont également en nette progression (+18% depuis 2023), témoignant d’un engouement éditorial qui ne se tarit pas.  Cette dynamique est particulièrement visible chez Meian et Crunchyroll, les deux éditeurs proposant le plus d’éditions de ce type.

En entrant dans le détail de la production éditoriale (hors éditions spéciales), tout reste assez semblable à 2024. On se retrouve avec 37% de shônen, 36% de seinen et 16% de shôjo/josei. On observe une légère hausse du shônen (+8%) et du shôjo/josei (+3 %) par rapport à l’an dernier, mais ces évolutions restent à relativiser. Pour rappel, ces données proviennent de Nautiljon et de Manga News, dont la classification éditoriale ne correspond pas toujours à celle choisie par les éditeurs. Ce type d’analyse comporte donc des limites. Néanmoins, il permet d’esquisser un état des lieux des grandes tendances et des préférences éditoriales sur le marché français.

Graphique montrant les classifications éditoriales de 2025

Un intérêt croissant pour les formats courts

Petite nouveauté en 2025, le nombre de parutions de one-shot est en légère hausse comparé à l’an dernier (+10%). Cela traduit un intérêt plus marqué des éditeurs pour des formats demandant moins d’engagement sur le long terme. De manière générale, on observe depuis plusieurs années un attrait croissant pour les séries courtes, qu’il s’agisse d’éditeurs indépendants ou appartenant à un groupe[1].

En 2025, 30% des séries terminées avaient démarré la même année. Il s’agit de séries en deux, trois voire quatre tomes, publiées sur quelques mois. Pour une série en deux tomes, il n’est d’ailleurs pas rare que l’ensemble paraisse simultanément, là où, il y a quelques années encore, les deux volumes seraient sortis à plusieurs mois d’intervalle. Ce choix s’explique par l’évolution du marché. Avant la crise de la Covid-19, lorsque le nombre de parutions annuelles tournait autour de 1 500, la sortie d’un nouveau tome permettait de redonner de la visibilité au premier volume et de relancer ses ventes.

Aujourd’hui, dans un marché approchant les 3 000 sorties annuelles, cette mécanique n’est plus aussi efficace. Les tables de nouveautés se renouvellent de plus en plus rapidement, réduisant la durée de visibilité des ouvrages, alors même que le budget et le temps de lecture des lecteurs restent limités. Publier deux tomes simultanément devient ainsi une véritable stratégie éditoriale pour limiter les risques d’attrition (baisse des ventes par tome publié).

Une production par éditeur globalement en baisse

Parmi les éditeurs à la production la plus importante (hors éditions spéciales, mais en incluant les webtoons printoonisés), on retrouve le même quatuor qu’en 2024 : Pika Édition, Meian, Kana et Delcourt-Tonkam. Si ces trois derniers voient leur production reculer par rapport à 2024, Pika est le seul à enregistrer une hausse importante (275 sorties en 2023 sont 334 en 2025). L’un des principaux facteurs explicatifs réside dans l’essor de son offre de webtoons printoonisés, qui a presque triplé depuis 2024, passant d’une vingtaine de sorties à 65 en 2025. En revanche, si l’on considère strictement les sorties de medium manga de l’éditeur, la tendance est inverse : on passe d’environ 290 sorties en 2024 à 270 en 2025, soit une légère baisse.).

Cette année, un nouvel acteur intègre le top 5 des éditeurs : Ki-oon (pour rappel, l’an dernier cette place était occupée par Hana/Boy’s Love). Ki-oon passe d’environ 100 sorties en 2024 à plus de 130 en 2025. De manière générale, si l’on observe plutôt un recul des volumes de publication chez plusieurs grands éditeurs, certaines maisons suivent une dynamique inverse. Aux côtés de Ki-oon, on retrouve notamment Crunchyroll, Noeve Grafx (de retour en 2025 après une année de pause éditoriale) ainsi que Vega-Dupuis, qui enregistrent toutes des hausses significatives de leur production.

2025, une année de restructuration éditoriale

En 2025, j’ai recensé 68 éditeurs de medium manga (contre 71 en 2024). Dans mes listes, je prends en compte l’ensemble des structures publiant au moins un manga dans l’année, y compris celles à la production très marginale. Certains éditeurs n’apparaissent donc plus en 2025. C’est le cas de petites structures comme Adelring ou d’éditeurs appartenant à de grands groupes comme Bayard. Nous avons également déploré la fermeture de Omaké Books à la fin de l’année 2025.

En parallèle, d’autres mouvements ont marqué l’année 2025 :

  • La Boîte à Bulles est devenue Pictavita après son rachat par Les Humanoïdes Associés et une restructuration financière.
  • Petit à Petit (label manga Kotodama) a été placé en redressement judiciaire avant d’être racheté par le groupe Hachette Livre.
  • Crunchyroll Manga a annoncé son rachat par le groupe HarperCollins et redeviendra, pour la deuxième fois, Kazé Manga.

Au total, l’année 2025 aura donc été marquée par une fermeture et trois rachats majeurs. À cela s’ajoute le retour de Noeve Grafx, désormais distribué par IDP Production.

Cette période riche en rebondissements illustre les tensions d’un marché en récession depuis la fin de la crise de la Covid-19. En plus de la fermeture d’Omaké Books en 2025, deux éditeurs avaient déjà été radiés en 2024 : Silenium Création et Des Bulles dans l’Océan. En deux ans, ce sont donc trois structures qui ont disparu.

Ces fermetures ont permis d’ouvrir la voie à de nouveaux acteurs. En effet, en 2025, trois maisons d’édition ont annoncé leur création : Teen’s Love, qui comme son nom l’indique se spécialise dans les mangas Teen’s Love (TL), Raion, qui semble s’orienter vers la création franco-japonaise et La Guilde, publiant principalement du light novel mais également des mangas pour un public adulte.

Conclusion : Toujours plus haut pour s’enfoncer toujours plus bas

Vous l’aurez donc compris, la production éditoriale de 2025 reste à un niveau élevé, dans la continuité des années précédentes. Toutefois, le net recul des nouveautés aura très probablement des conséquences sur la production des années à venir. La majorité des éditeurs semblent désormais privilégier une réduction de leur volume de sorties, stratégie cohérente dans un marché devenu plus compétitif et marqué par un repli des ventes.

Selon les chiffres de l’institut GFK-NielsenIG, en 2025, le marché de la BD enregistre une baisse de près de 9% en volume, malgré la parution d’un nouvel album d’Astérix. Le segment manga accuse quant à lui une baisse de -13,4% en volume et -10% en valeur, situant les ventes autour de 31 millions d’exemplaires pour environ 280 millions d’euros de chiffre d’affaires. Si ces chiffres restent supérieurs à ceux d’avant la crise sanitaire (19 millions d’exemplaires), ils confirment néanmoins un marché en net ralentissement. Selon l’institut, cette baisse s’explique en partie par l’effondrement du shônen, segment moteur du marché. En 2025, le shônen perd donc « 19,7% des ventes moyennes par titre et concentre 80% des pertes du manga ». Les séries best-seller qui jusque-là permettait au marché du manga de tenir sur la durée n’arrivent plus à convaincre suffisamment les lecteurs[2].

Dans ce contexte peu favorable, les éditeurs ne peuvent continuer de lancer autant de nouveautés qu’auparavant. Il faudra toutefois attendre les chiffres de 2026 pour déterminer si cette baisse s’inscrit dans une tendance durable.


[1] La maison d’édition Chattochatto en a d’ailleurs fait un argument marketing sur ses réseaux sociaux en se qualifiant « d’éditeur de séries courtes ».

[2] Rappelons que la plupart des séries à succès se sont terminées ces dernières années (Demon Slayer, My Hero Academia, L’Attaque des Titans…).

Bibliographie

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